Dans le bassin du Menam, au centre du Cambodge, les souverains Khmers trouvèrent l’endroit idéal pour installer leur capitale. Angkor fut ainsi le centre d’un empire qui, au moment de sa splendeur aux XIe–XIIIe siècles, couvrait un territoire beaucoup plus vaste que le pays actuel. À partir de 1431, la ville fut peu à peu désertée. Réoccupée au XVIe par la cour, elle finit par être abandonnée à la jungle.
L’Europe découvre visuellement l’architecture du Cambodge ancien et sa statuaire grâce aux gravures réalisées d’après les dessins d’Henri Mouhot, un explorateur français arrivé à Angkor en 1860. L’image de la capitale est parachevée à partir de 1866, lorsque les premières photographies sont réalisées par John Thomson. Dès lors, la photographie participe à la découverte scientifique du site, avec notamment l’utilisation de la photographie aérienne, puis satellite.
L’École française d’Extrême-Orient mène depuis 1907 des missions d’études et de protection du patrimoine au Cambodge pour ressusciter le site d’Angkor.
Ses archives regroupent plus de 100 000 clichés, pris dès la fin du XIXe siècle par les premiers membres de l’École. Elles se sont régulièrement enrichies au fil des ans par les dépôts et les dons des chercheurs parmi lesquels Louis Finot, Henri Parmentier et Henri Marchal ou encore Luc Ionesco.
À travers 108 photographies de temples issues de ce fonds d’archives exceptionnel, l’exposition propose une histoire croisée de l’ancienne capitale Khmer, de l’évolution de la photographie archéologique et du travail de restauration réalisé par les différentes générations d’archéologues de l’EFEO.
Ces images en noir et blanc à la fois esthétiques et signifiantes, architectures de pierres et végétaux enchevêtrés, transportent le visiteur au cœur d’une civilisation aujourd’hui disparue.


1 - Preah Ko
879
Début de la campagne de débroussaillement en 1932
Tirage photographique, 17 × 22,9 cm
Date de prise de vue : 1932
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM01962 © EFEO.
Vue générale des tours prise de l’angle sud-est en mars 1932, lorsque commence le débroussaillement général permettant de dégager les édifices de la végétation environnante. Le site se compose de deux rangées de trois tours chacune. De larges percées sont pratiquées aux quatre points cardinaux, dans les axes principaux, afin de repérer les première et deuxième enceintes.
« Les travaux proprement dit de dégagement ont commencé le 31 mars. Les déblais sont évacués hors de la troisième enceinte au nord et au sud par des wagonnets mis à ma disposition. Les fragments de briques assez intacts sont conservés et serviront pour les diverses réparations à exécuter. »

5 - Preah Ko
879
Statue de Åiva à deux bras, trouvée lors de la restauration du temple en 1934
Tirage photographique, 11,6 × 17,1 cm
Date de prise de vue : août 1934
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM01911 © EFEO.
« J'avais trouvé le corps d'une divinité masculine, cassée en deux fragments, dans le fossé-bassin, au nord des gopura est II et III. J'avais toujours eu l'impression que ce corps de statue devait appartenir à l'une des trois têtes de Civa trouvées au cours des travaux de dégagement du gopura ouest I. En effet, une des têtes correspond bien avec le corps de la statue. En outre, parmi les fragments de bras et jambes ramenés de Preah Ko, l'année dernière, j'ai pu retrouver la plupart des membres et il ne manque que la jambe et l'avant-bras gauches. »

6 - Lolei
ixe siècle
Panneau en grès encastré dans le mur en brique est de la tour nord-ouest : gardienne de porte (dværapælikæ) bienveillante sous une arcature représentant l’entrée d’un sanctuaire
Tirage photographique, 22,3 × 17,1 cm
Date de prise de vue : août 1941
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM14222 © EFEO.
Traditionnellement l’accès au temple (pavillons d’entrée, porte de la tour) est surveillé par des gardiens encadrant la porte ; celui qui se situe à droite de la baie présente une physionomie bienveillante et celui de gauche un aspect farouche (yeux exorbités, crocs, sourcils froncés). Lorsque la divinité du temple est féminine, ce sont, comme ici, des gardiennes qui remplissent ce rôle.

10 - Prasat Kravan
921
Tour médiane nord (face est)
avant dégagement en 1935
Tirage photographique, 22,4 × 16,4 cm
Auteur inconnu
Date de prise de vue : 1er juillet 1935
Photothèque EFEO CAM11053 © EFEO.
« À la suite de la chute d'une branche qui avait fortement endommagé l'angle nord-est du prasat [tour-sanctuaire] nord (celui où des bas-reliefs intérieurs furent dégagés) il a été jugé prudent d'abattre l'arbre qui étreint dans ses racines les murs… On verra ensuite à remonter un fragment de la maçonnerie en brique écroulée de l'angle nord-est du prasat nord pour pouvoir remettre en place les montants du cadre de la porte qui ont été renversés. »
« On sait l'intérêt et l'importance de ce monument de 921 A.D. qui est non seulement l'un des mieux décorés et l'un des plus caractéristiques de cette époque, mais qui contient en outre, sur les parois intérieures de ses tours centrale et septentrionale, des bas-reliefs taillés dans la brique, proprement admirables, et uniques au Cambodge. »

12 - Prasat Kravan
921
La restauration de la terrasse est achevée et celle des tours est en cours.
La disposition des cinq tours sur une seule rangée est exceptionnelle.
Elles sont généralement disposées en quinconce au sommet de la pyramide pour figurer les cinq pics du Mont Meru.
Tirage photographique, 12,7 × 17,7 cm
Date de prise de vue : 1963
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM09865 © EFEO.
« Nous nous sommes consacrés à la reconstruction de toute cette terrasse [de Prasat Kravan], qui à son tour permettra celle des bases des sanctuaires […] partout où les briques originales étaient en bon état, elles ont été réutilisées […] Au fur et à mesure, derrière le parement mouluré, on montait le contre-mur en béton armé. Le massif était ensuite comblé. »

15 - Banteay Srei
967
Pavillon d’entrée (gopura) est de la première enceinte, après les premiers dégagements du temple
Cliché stéréoscopique sur plaque de verre au gélatinobromure d’argent, 10,7 × 4,5 cm
Date de prise de vue : 1924
Auteur : Henri Parmentier
Photothèque EFEO PARH03343 © EFEO
(N° site 1020, n° IK 546.02).
Ce temple fut découvert en 1914 par un officier français du Service géographique, le lieutenant Marec. Dès mars 1924 des travaux d’étaiement, de consolidation et de chaînage sont entrepris sur les pavillons d’entrée situés à l’est des première et deuxième enceintes par Henri Parmentier et Victor Goloubew.

18 - Banteay Srei
967
Travaux d’anastylose de la bibliothèque nord,
Henri Marchal et M. Chan le dessinateur du chantier
examinant un plan
Tirage photographique, 22,5 × 18 cm
Date de prise de vue : mai 1934
Auteur inconnu
Photothèque EFEO MARH01747 © EFEO.
« On a commencé à la fin du mois [d’avril 1934] la dépose des pierres de la bibliothèque nord en vue de sa reconstruction après prise des dessins, relevés et photos qui permettront de mener cette opération sans défaillance. […] En mai 1934, les travaux des deux bibliothèques ont été menés de front pour économiser du temps […] détail des opérations de reconstruction […] nivelage du sol après enlèvement de toutes les pierres, aire en béton sous les murs dont les quatre angles ont été repérés avant la dépose et remise en place des assises de libage et des premières taillées. »
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21 - Banteay Srei
967
Sanctuaire central, gardien de porte (dværapæla) de la fausse porte ouest (partie sud)
Négatif, 6 × 6 cm
Date de prise de vue : entre 1962 et 1966
Auteur : Luc Ionesco
Photothèque EFEO IONL03976 © EFEO.
Les gardiens de porte ont perdu ici leur aspect farouche et hiératique. Leur main droite tient une arme et leur main gauche un lotus, un des attributs de Åiva, la divinité tutélaire du temple. Les proportions réduites des édifices, la grande finesse et la richesse du décor architectural – scènes historiées, profusion de rinceaux, volutes et crosses végétales – ont parfois fait dire que ce temple relevait davantage de l’art de l’orfèvre que de celui de l’architecte.

27 - Baphuon
1060
Vue générale prise du nord-est, en 1943
(avant l’effondrement de l’angle de la pyramide,
(voir photographie suivante)
Tirage photographique, 17 × 23,2 cm
Date de prise de vue : janvier 1943
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM11466 © EFEO.
« Les dangers d'éboulement ayant à peu près disparu avec l'apparition de la saison sèche, nous avons commencé les travaux de déblaiement dans la partie écroulée (moitié est de la face nord de la pyramide), avec tri et rangement des blocs par catégories des divers gradins. »

28 - Baphuon
1060
Effondrement des deuxième et troisième étages de l’angle nord-est, le 16 septembre 1943
Tirage photographique, 11,4 × 16,5 cm
Date de prise de vue : juillet 1948
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM11626 © EFEO.
« Un énorme glissement de terrain entraîne [en 1943] l’angle nord-est des deux étages supérieurs, soit 20 mètres de hauteur de façade qui s’effondrent sur la plate-forme du premier étage. Il faudra six longues années pour parvenir à stabiliser la brèche. »
« [En juillet 1948] la consolidation de la brèche nord-est du monument au moyen de murets en gradins de latérite étant terminée, le cube des blocs écroulés et amoncelés dans le quart inférieur formant un soutènement suffisant, j'ai commencé à procéder au dégagement de l'aile est du gopura 2 nord […] Que pourra-t-on remonter de cette partie du gopura dont le mur intérieur était garni de délicieux bas-reliefs ? »

30 - Baphuon
1060
Bas-reliefs historiés du pavillon d’entrée est du deuxième étage
(avant-corps est, face nord), bataille de KurukÒetra
Tirage photographique, 17 × 22,2 cm
Date de prise de vue : 1938
Auteur : inconnu
Photothèque EFEO CAM11556 © EFEO.
Le Mahabharata, l’une des deux grandes épopées indiennes, narre l’affrontement des deux clans apparentés des Pandava et des Kaurava ; affrontement qui culmine avec la bataille de Kuruksetra. Registre supérieur : la mort du général Bhisma (clan des Pandava) allongé sur un lit de flèches ; registres médians : les combats, Arjuna sur son char dirigé par Krsna (avatara de Visnu) ; registre inférieur : musiciens accompagnant les armées. Au terme de quatorze jours de violents combats, les Pandava remporteront la victoire.

Baphuon, vue densemble actuelle
xxie siècle

32 - Angkor Vat
Première moitié du xiie siècle
Pavillon d’entrée ouest de la première enceinte
avant débroussaillement
Tirage photographique, 17,4 × 23,9 cm
Date de prise de vue : 1866
Auteur : John Thomson
Photothèque EFEO CAM15731 © EFEO.
John Thompson est le premier photographe à avoir opéré à Angkor. Quelques mois après son passage en 1866, les membres de la commission d’exploration du cours du Mékong dirigée par Ernest Doudart de Lagrée visitent Angkor Vat, que Francis Garnier décrit ainsi : « une végétation vigoureuse se fait jour à travers les fissures de la pierre : la plante devient peu à peu arbre gigantesque […]. C’est en vain que les quelques bonzes consacrés au sanctuaire essayent de lutter contre cet envahissement de l’œuvre de l’homme par la nature. » dans Voyage d’exploration de l’Indochine, tome 1, Paris, Hachette, 1873.

37 - Angkor Vat
Première moitié du xiie siècle
Vue aérienne prise vers l’ouest
Tirage photographique, 18 × 24 cm
Date de prise de vue : février 1963
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM12541 © EFEO.
Seule une vue aérienne permet de mesurer l’ampleur d’Angkor Vat ; sa douve de près de 250 mètres de large entoure une aire de 1500 sur 1300 mètres qui devait abriter autrefois de nombreux bâtiments en matériaux périssables.
La légende veut que ce soit l’architecte des dieux, Visvakarman, qui construisit Angkor Vat. Sa composition, son ordonnance, les effets perspectifs, les jeux d’ombre et de lumière ainsi que les décors en font un des chefs-d’œuvre de l’architecture khmère.

45 - Angkor Vat
Première moitié du xiie siècle
Perspective des galeries intérieures (vue vers le nord) du pavillon d’entrée ouest de la quatrième enceinte
Tirage photographique, 22,5 × 16,9 cm
Date de prise de vue inconnue
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM04723 © EFEO.
La silhouette d’une grande statue de Visnu à huit bras se dessine à l’arrière-plan. Elle est située encore aujourd’hui dans un passage latéral du pavillon d’entrée. Visnu, le dieu salvateur de la trimurti brahmanique était la divinité d’élection du roi fondateur d’Angkor Vat, Suryavarman II qui à sa mort reçut le nom de Paramavisnuloka « celui qui est parti dans le monde de Visnu ». La statue a été installée par un de ses successeurs, Jayavarman VII.

48 - Angkor Vat
Première moitié du xiie siècle
Bas-relief représentant trois divinités féminines
(devatæ), premier étage (?), pavillon d’entrée de la troisième enceinte ouest (partie sud, face est)
Tirage photographique, 22,2 × 17 cm
Date de prise de vue : 1938
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM05263 © EFEO.
Très nombreuses sur les murs d’Angkor Vat et toutes différentes les unes des autres, ces divinités féminines sont parées de divers bijoux et souvent portent une haute tiare orfévrée. Leurs cheveux sont également coiffés en chignons très complexes. Le fond du panneau (cat. 48 et 49) est entièrement recouvert de motifs végétaux répétitifs très finement ciselés dits en « tapisserie ». Ce type de décor traité en très faible saillie apparaît à Angkor Vat.

53 - Beng Mealea
xiie siècle
Terrasses sur colonnes de la chaussée est
Tirage photographique, 10,7 × 4,5 cm
Date de prise de vue : avant 1933
Auteur : Henri Parmentier
Photothèque EFEO PARH02403 © EFEO.
Beng Mealea est à la fois une cité et un temple qui s’étend sur une superficie de 108 hectares. Lors de sa découverte, le temple ne formait plus qu’un énorme éboulis de pierres, néanmoins les archéologues - Jean de Mecquenem y effectue des recherches dès 1913 - purent en dresser le plan. Celui-ci montre des ressemblances avec celui d’Angkor Vat, bien que Beng Mealea soit pour sa part un temple « à plat » ; on sait maintenant que ce temple est bouddhique en dépit de l’abondance des scènes brahmaniques que l’on y voit.
Le grand nombre des terrasses et passages surélevés sur des colonnes sont une des particularités de la composition de ce temple (cat. 52 et 53). Henri Marchal note en décembre 1931 dans le rapport de la Conservation d’Angkor qu’il est très difficile de circuler à l'intérieur de ce monument. : « Il serait peut-être bon, quand je travaillerai dans les environs, d'enlever quelques blocs effondrés, afin de rendre plus aisée la visite de ces ruines. » et dans le rapport de la Conservation d’Angkor d’avril 1932, que Monsieur Parmentier lui a montré ses travaux de dégagement fort intéressants, exécutés d'une façon très méthodique, ce qui a permis en quelques jours de rendre accessible ce monument invisitable auparavant.

54 - Prah Khan, Angkor
1191
Découverte d’une statue près du pavillon d'entrée (gopura) est de la quatrième enceinte
Musée Guimet, MG 18043
Tirage photographique, 17,1 × 12,1 cm
Date de prise de vue : décembre 1928
Auteur : Léon Fombertaux ?
Photothèque EFEO CAM14487 © EFEO.
Figurant sans doute la Prajnaparamita, peut-être sous les traits de Jayarajadev, première épouse de Jayavarman VII et fervente bouddhiste emportée par une ascèse trop sévère (stèle du Phimeanakas), la statue devait prendre place à l’intérieur du pavillon d’entrée. Reconnue d’emblée comme l’un des fleurons de la statuaire du style du Bayon, Henri Marchal la décrit en ces termes lors de son dégagement : « c'est près de l'angle Sud du soubassement de ce porche que fut trouvée une des plus belles statues dont peut se faire gloire l'art khmer. C'est la réplique, un peu plus grande, de la statue déjà trouvée près de la dharmasala […] mais la tête est d'une pureté de trait admirable et d'une expression de sérénité où jamais le détachement bouddhique n'avait été si fortement exprimé. Par une chance heureuse, cette tête est absolument intacte et fort bien conservée. »

55 - Ta Prohm
1186
Seconde enceinte, fromager enserrant les ruines d’une galerie
Tirage photographique, 16,8 × 11,7 cm
Date de prise de vue : mars 1939
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM01634 © EFEO.
Ta Prohm fut volontairement laissé par les conservateurs dans l'état où furent trouvés les autres monuments, emprisonnés dans une gangue végétale, lui conservant ainsi le charme d'une ruine dans la forêt au temps des découvreurs.
Les fromagers envahissent les chaussées pavées et la cour de la quatrième enceinte, cachant presque à la vue le
pavillon d’entrée ouest de la troisième enceinte. Plusieurs de ces grands arbres aujourd’hui en fin de vie, devenus dangereux, ont été coupés pour éviter qu’ils ne tombent sur les multiples chapelles du temple.

61 - Ta Prohm
1186
Passage central nord du pavillon d’entrée nord de la troisième enceinte
Tirage photographique, 18 × 13 cm
Date de prise de vue inconnue
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM09373 © EFEO.
Le gardien de porte (dvarapala) de taille imposante est figuré debout ; ses mains reposent sur le pommeau d’une massue, arme qui l’identifie comme un gardien terrible. Dans l’art du Bayon, on peut noter que les gardiens bienveillants, situés en règle générale du côté droit de la porte, sont armés d’un trident.

62 - Prah Khan, Angkor
1191
Pavillon d’entrée nord de la troisième enceinte, dégagé et partiellement restauré
Cliché stéréoscopique sur plaque de verre au gélatinobromure d’argent, 10,7 × 4,5 cm
Date de prise de vue : avant 1933
Auteur : Henri Parmentier
Photothèque EFEO PARH03366 © EFEO.
Le temple est annoncé par une terrasse cruciforme surélevée bordée de naga servant de balustrades, dont les extrémités formées par les têtes multiples du serpent sont chevauchées par un aigle (garuda). Les lions d’échiffres ont été redressés. Le porche d’accès a conservé ses deux gardiens de porte (dvarapala).

64 - Prah Khan, Angkor
1191
Pavillon d'entrée (gopura) est de la quatrième enceinte, face est, passage latéral sud
Tirage photographique, 17,1 × 22,2 cm
Date de prise de vue : décembre 1928
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM14779 © EFEO.
Les trois tours et l’amorce du mur d’enceinte en latérite ont été dégagées des arbres et des broussailles qui les masquaient, permettant la découverte de la statue présumée de la Prajnaparamita agenouillée (voir cat. 54). Le géant polycéphale qui maintient la queue du naga et clôt l’alignement des dieux (deva) a été remis en place.

69 - Prah Khan, Angkor
1191
Deuxième enceinte, galerie est, aile sud, porche médian
Tirage photographique, 16,3 × 21,7 cm
Date de prise de vue : juillet 1931
Auteur : Henri Marchal ?
Photothèque EFEO CAM15023 © EFEO.
« Presque toutes les pierres du motif extérieur de ce porche furent retrouvées et réunies à côté : je pensais donc que ce serait un jeu de les remettre en place pour le caporal Svai : mais ce dernier me fit observer que le mur, contre lequel était adossé ce porche, avait pris un mouvement de renversement en avant assez considérable par suite d'un énorme daeum spon [fromager] qui se trouve derrière. Pour reconstituer le porche avec ses piliers et son fronton, il faudrait préalablement redresser le mur et pour cela couper les racines du daeum spon et le tronc lui-même. […] Devant l'importance d'un tel travail, après avoir consulté Trouvé [Georges], j'ai décidé de laisser à pied d'œuvre les pierres réunies du porche qui resteront toutes prêtes pour le jour où l'on voudra entreprendre ce travail. »

71 - Neak Pean
Fin xiie-début xiiie siècle
Vue du sanctuaire couronné par un banyan (ficus) qui l’enserre totalement
Cliché stéréoscopique sur plaque de verre au gélatinobromure d’argent, 10,7 × 4,5 cm
Date de prise de vue : avant 1933
Auteur : Henri Parmentier
Photothèque EFEO PARH01535 © EFEO.
Le temple de Neak Pean, formé par une tour unique, occupe le centre d’une série de bassins. L’ensemble est bâti au cœur du mebon (île) du baray situé en avant de Prah Khan. Comme le Mebon occidental (voir cat. 26), c’est un nilomètre mais cette fois-ci bouddhique et pourvu d’une symbolique très complexe. Le charme du lieu avait conduit à conserver ce banyan au détriment de la restauration de la tour. Au premier plan, on aperçoit les têtes multiples de l’un des deux serpents (naga) qui entourent la base de l’îlot. Ce sont eux qui donnent au temple son nom moderne : « les serpents liés ».

72 - Neak Pean
Fin xiie-début xiiie siècle
Tour centrale, fausse-porte nord avant dégagement
Tirage photographique, 22,8 × 17 cm
Date de prise de vue : avant 1935
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM13398 © EFEO.
Les racines du banyan servent d’écrin au panneau de la fausse-porte illustrée par une grande image d’Avalokitesvara debout sur un lotus, entouré de quatre bodhisattva placés sous arcatures. Au fronton, l’un des épisodes majeurs de la vie du Buddha est sculpté : le Grand Départ, lorsque le prince Siddhartha (le futur Buddha Sakyamuni) renonce à sa condition de prince et quitte le palais paternel pour pratiquer l’ascèse.

75 - Neak Pean
Fin xiie-début xiiie siècle
Après restauration
Tirage photographique, 16,5 × 22,6 cm
Date de prise de vue : septembre 1943
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM13440 © EFEO.
La restauration de l’ensemble du site est totalement achevée en 1943. En saison des pluies, le bassin en eau magnifie la structure selon la volonté de Jayavarman VII, le roi commanditaire. C’est une évocation d’un lac mythique himalayen réputé pour les vertus curatives de ses eaux.

77 - Ta Som
Fin xiie-début xiiie siècle
Pavillon d’entrée ouest de la troisième enceinte, face est
Négatif, 6 × 6 cm
Date de prise de vue : entre 1962 et 1966
Auteur : Luc Ionesco
Photothèque EFEO IONL05246 © EFEO.
Ce sanctuaire de petite taille, situé en bordure du baray qui accueille Neak Pean en son centre, possède deux pavillons d’entrée extérieurs surmontés, comme à Ta Prohm et à Banteay Kdei, par quatre visages monumentaux, tournés vers les points cardinaux. L’enchevêtrement des racines d’un ficus met en valeur les traits du visage plus qu’il ne les masque. Sous la coiffe végétale, on entrevoit un diadème orfévré.

84 - Angkor Thom
Fin xiie-début xiiie siècle
Enceinte de la ville, porte ouest, face nord, avant débroussaillage
Tirage photographique, 23,5 × 16,8 cm
Date de prise de vue : 1937
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM08490 © EFEO.
Angkor Thom est l’unique ville du Cambodge angkorien à posséder une muraille à but défensif. Ce haut mur en latérite pourvu d’un chemin de ronde est interrompu par cinq portes, quatre donnant sur les chaussées qui mènent au temple du Bayon, une cinquième, la porte de la Victoire, axée sur le palais royal. Hautes de plus de 23 mètres, toutes ces portes possèdent quatre visages monumentaux.

88 - Angkor Thom
Fin xiie-début xiiie siècle
Enceinte de la ville, porte ouest, face ouest ?
Négatif, 6 × 6 cm
Date de prise de vue : entre 1962 et 1966
Auteur : Luc Ionesco
Photothèque EFEO IONL05772 © EFEO.
Des cinq portes d’Angkor Thom, la porte ouest est la mieux préservée. Les superstructures des tours rendent bien compte de la dimension monumentale de ces baies, qui percent le mur d’enceinte défensif. Érigées par Jayavarman VII à la suite de la prise de la capitale par les armées chames et l’assassinat de son prédécesseur, le roi Tribhuvanædityavarman, en 1177 ; les trois tours qui couronnent la porte accueillent quatre grands visages, regardant vers les directions cardinales. Les angles de la porte sont soulignés par le motif de l’éléphant à trois têtes cueillant des boutons de lotus, référence probable à Airavata, la monture d’Indra. À Angkor, le motif des grands visages, multiplié au Bayon, a été repris aux portes des enceintes de domaine des temples de Ta Prohm, Banteay Kdei et Ta Som.

90 - Bayon
Fin xiie-début xiiie siècle
Temple vu de l’est
Négatif, 6 × 6 cm
Date de prise de vue : entre 1962 et 1966
Auteur : Luc Ionesco
Photothèque EFEO IONL06157 © EFEO.
Deux moines contemplent le Bayon, temple d’État de Jayavarman VII. Il est célèbre pour les multiples visages qui couronnent ses tours (référence possible au nombre sacré 108). Dans la cella centrale au troisième étage, une imposante statue du Buddha méditant sur le næga veillait sur le royaume.

95 - Bayon
Fin xiie-début xiiie siècle
Deuxième et troisième étages
Négatif, 6 × 6 cm
Date de prise de vue : entre 1962 et 1966
Auteur : Luc Ionesco
Photothèque EFEO IONL04601 © EFEO.
Ce n’est que lorsqu’on émerge sur la terrasse supérieure, au troisième étage du Bayon, que la présence des grands visages se révèle dans toute sa puissance évocatrice. Le visiteur se trouve alors au même niveau que les têtes immenses qui couronnent les tours du deuxième étage, se prêtant au jeu de cache-cache, les unes apparaissant dans l’encadrement des fenêtres, d’autres entre les piliers d’un avant-corps, prétexte aux croquis d’abord puis aux photographies.

106 - Phnom Dei
?
Découverte d’une statue monumentale
(n°IK 613, province de Siem Reap)
Tirage photographique, 22 × 16,7 cm
Date de prise de vue inconnue
Auteur inconnu
Photothèque EFEO CAM00683 © EFEO.
Trouvée à l’est d’un temple du ixe siècle, cette statue d’AvalokiteÂvara irradiant est inachevée à l’exception du visage (aux traits caractéristiques de l’art du Bayon), et des huit mains. De gauche à droite sur la photographie et dans le sens des aiguilles d’une montre, les mains tiennent comme attributs : une divinité non identifiée (Prajñæpæramitæ ?) assise, le livre et le croc à éléphant (le quatrième attribut est perdu), le disque, le rosaire, le flacon et l’épée. Deux autres statues monumentales d’AvalokiteÂvara avaient été trouvées précédemment sur le site de Don Tei, situé à un kilomètre environ au nord du Phnom Dei (no IK 613). Toutes ces statues monumentales ont été par la suite mises à l’abri à la Conservation d’Angkor.
Musée Cernuschi
7 avenue Vélasquez 75008-Paris
Tél : 01 53 96 21 50
www.cernuschi.paris.fr
de 10h à 18h, sauf lundis et jours fériés
Accès handicapés et parking réservé
Tarifs d'entrée dans l'exposition
7 € TP - 5 € TR1 - 3.50 € TR2
Gratuit jusque 13 ans inclus
Catalogue de l’exposition
256 pages
148 illustrations
29 euros


Direction artistique : Gilles Beaujard, conception graphique et rιalisation : montag